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Février 2006

Automobile : L’Est toujours compétitif

INTERVIEW de Bernard Haettel, directeur général de l’Agence de Développement de l’Alsace (ADA), chargée du développement et de la promotion de l'économie en Alsace.

Quel est aujourd'hui l'importance du secteur automobile dans la région en terme d'emplois ? La baisse de production des usines PSA en début d'année (Sochaux et Mulhouse) peut-il faire craindre une crise de l'emploi dans le secteur ?

Le secteur automobile est le premier employeur d’Alsace et de Franche-Comté. Dans ces deux régions, la filière comprend près de 450 sociétés, dont 3 constructeurs (General Motors, Volkswagen via Bugatti à Molsheim et évidemment les 2 sites PSA de Montbéliard et Mulhouse) et emploie 90 000 collaborateurs. 900 000 véhicules y sont produits annuellement ; le chiffre d’affaires engendré s’élève à environ 20 milliards €. Les emplois dans le secteur automobile varient souvent selon les succès commerciaux des modèles proposés par les constructeurs et leurs renouvellements des gammes. L’industrie automobile alsacienne a profité des succès de PSA Peugeot Citroën, notamment depuis le succès de la 205. Actuellement, même si globalement les marchés porteurs dans l’automobile se trouvent plutôt dans l’Europe de l’Est et en Chine, les sites PSA de Montbéliard et Mulhouse ont une vocation tant nationale qu’internationale. La croissance du marché automobile en Chine par exemple profite également aux sites de production en France, qui ne produisent pas uniquement pour un marché « domestique ». Ainsi, par exemple, la Peugeot 206 coupé cabriolet ou la Citroën C4 ne sont produites qu’à Mulhouse et ont pour vocation d’être vendue dans le monde entier.

Quelles évolutions constate-t-on dans les métiers proposés par ce secteur, et quelles spécialités sont le plus recherchées par les entreprises ?

On assiste à trois phénomènes concomitants : les développements technologiques dans la filière, le renforcement du « just in time » et le remplacement de collaborateurs partant actuellement en retraite, notamment dans les entreprises installées dans les années 1960 .
Les innovations technologiques concernent notamment le développement de l’électronique embarquée dans les voitures ; les entreprises, notamment les garages, sont à la recherche de mécaniciens spécialisés dans le secteur électronique.
Le « just in time » a permis de développer de nouveaux métiers dans la filière automobile, notamment dans le secteur de la logistique. La position centrale de l’Alsace est par ailleurs intéressante pour les entreprises souhaitant disposer de centres de distribution européens.
Le renouvellement des effectifs dans de nombreuses entreprises de la filière automobile concerne tous les métiers, le process de fabrication autant que les fonctions supports : des agents de fabrication en mécanique ou en plasturgie aux compétences pointues de R&D en passant par la maintenance, les bureaux d’études, les achats, la qualité, etc.

Un pôle de compétitivité 'véhicule du futur" a été retenu au niveau national. En quoi consiste-t-il, et quelles peuvent en être les conséquences en terme d'emploi ?

Le pôle « véhicule du futur » a été labellisé l’été dernier. Mais la filière automobile en Alsace et Franche-Comté a commencé à s’organiser dès 1999. L’appel à projets du gouvernement sur les « pôles de compétitivité » vient à point pour renforcer les synergies régionales dans ce domaine et renforcer la lisibilité de la filière automobile au niveau international. Pour mémoire, un « pôle de compétitivité » repose sur la combinaison, sur un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques ou privées destinée à dégager des projets communs au caractère innovant. L’enjeu de la filière automobile est sa compétitivité. François Loos, Ministre délégué à l’Industrie et Président de l’ADA, accorde une importance primordiale à cette thématique.
Les priorités thématiques du pôle sont de deux ordres : concevoir et produire des véhicules à la fois plus propres et plus intelligents tout en renforçant l’excellence de la filière. Concrètement, des dossiers ont été lancés dans les domaines de la boucle de l’air, les traitements de surface, le véhicule intra-urbain à usage collectif, les composants intelligents ou encore l’ergonomie des produits et moyens de production associés. Ce pôle automobile compétitif à forte valeur ajoutée devrait permettre un développement pérenne de l’emploi dans la filière.


Propos recueillis par Maxime Meuneveaux

 
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