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Mars 2006

Le travail transfrontalier dans l’Est

Travailler de l’autre côté de la frontière, en Suisse ou en Allemagne, cela fait rêver beaucoup de salariés. Pourtant, dans le Grand Est, l’âge d’or du travail transfrontalier semble bel et bien révolu.
Trois questions à Cédric Rosen, président de l’association des frontaliers d’Alsace-Lorraine (AFAL). Cette association non subventionnée conseille et défend les intérêts de ses adhérents 6500 adhérents, qui travaillent à 95 % en Allemagne (Bade-Wurtemberg et Rhénanie notamment).

Quels types de métiers ou de formations sont très représentés parmi les travailleurs transfrontaliers ?

Il y a de tout. On compte beaucoup d’ouvriers dans le BTP, mais aussi sur les chaînes de montage dans l’industrie automobile, très développée en Allemagne. Nous comptons aussi de nombreux chauffeurs de taxi, routiers…tous les métiers sont représentés. Par contre, le secteur tertiaire n’est pas très représenté, car à niveau de qualification élevé, la maîtrise de la langue reste souvent une barrière, même pour ceux qui parlent alsacien. L’allemand professionnel reste difficile à acquérir. Donc globalement, ce sont des métiers peu qualifiés.

Est-il réellement avantageux de travailler en Allemagne ou en Suisse ?

C’est devenu beaucoup moins intéressant que dans les années 1980, car la différence sur les salaires nets avec la France s’est beaucoup réduite. Aujourd’hui, à poste égal, un salaire en Allemagne n’est supérieur que de 5 à 6 % à un salaire français. Il y a 10 ou 20 ans, un ouvrier pouvait toucher environ 15 000 F (2300 euros). Aujourd’hui, les mêmes postes sont payés environ 1400 ou 1500 euros. D’autre part, il faut relativiser la différence salariale, car la durée de travail hebdomadaire est plus souvent de 39 heures que de 35 heures.
Il faut aussi être conscient des limites du système : les droits du travail allemand et suisse sont beaucoup plus libéraux que le droit français. Par exemple, le délai de contestation du licenciement n’est que de 21 jours, alors qu’en France, il peut aller jusqu’à 6 mois. Les gens n’ont pas toujours conscience de cela, ils ne s’en rendent comptent que lorsqu’ils perdent leur emploi et qu’il s’aperçoivent que la couverture sociale est moindre qu’en France.

Faut-il en conclure que le phénomène d’attraction de la Suisse ou de l’Allemagne a baissé, notamment chez les jeunes ?

Oui. Aujourd’hui, les gens, surtout les jeunes, ne vont plus travailler là-bas pour faire fortune, mais juste pour trouver un emploi. Car désormais le chômage touche aussi l’Alsace, longtemps privilégiée en matière économique. Les conditions de travail outre-Rhin sont devenues beaucoup moins favorables, car là-bas aussi le marché du travail est morose. Les jeunes sont de moins en moins nombreux à tenter leur chance hors de France. Certains « anciens » transfrontaliers conservent un réel avantage salarial, mais pour ceux qui arrivent sur le marché du travail, les salaires sont beaucoup moins intéressants qu’il y a quelques années. Globalement, la situation se dégrade, et les salariés ressentent bien qu’ils ne sont pas toujours les bienvenus.

La situation est-elle la même de l'Allemagne vers la France ?

Non. Les rares Allemands à venir travailler en France sont surtout des commerciaux d’entreprises allemandes qui cherchent à conquérir de nouveaux marchés. Et il y a aussi les Français mariés avec des Allemands qui continuent à travailler en France.


Propos recueillis par Maxime Meuneveaux

 
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